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Critiques de livres

Critiques de livres

Par Pauline-Gaïa Laburte


Buvard – Julia Kerninon⎥ Note: 20/20

Publié par Pauline-Gaïa Laburte sur 7 Avril 2014, 16:59pm

Catégories : #roman francais

Buvard – Julia Kerninon⎥ Note: 20/20

La littérature est truffée de personnages de romanciers interviewés par de jeunes loups venus recueillir le Saint Graal. On pense notamment à Variations Enigmatiques d’Eric-Emmanuel Schmitt, ou Hygiène de l’Assassin d’Amélie Nothomb, et jusqu’à l’ironique Entretiens avec le Professeur Y de Céline. Pour son premier roman, Julia Kerninon ne déroge pas à la tradition, en nous proposant le personnage de Caroline N. Spacek, écrivain adulée par la critique que le jeune Lou (loup...) vient déranger dans sa retraite solitaire à la campagne. Ils passeront deux mois ensemble, deux mois pendant lesquels Lou va peu à peu éplucher les couches de l’écrivain pour découvrir qui elle est vraiment, cette gamine venue de nulle part, façonnée puis délaissée par son Pygmalion. Elle revient sur sa vie, son écriture, dissèque son enfance et ses sentiments.

Un très beau premier roman, à l’écriture mélancolique extrêmement bien maîtrisée, qui nous laisse voir une femme forte et brisée et nous livre une réflexion sur le processus créatif et la littérature, dans une mise en abîme qu’on n’attend pas chez un auteur aussi jeune.

Un extrait pour le plaisir :

Chez nous, si un enfant demandait un animal domestique, on lui filait un kiwi – il y avait un père qui avait eu cette idée un jour et ça avait fait marrer tout le monde dans la prairie, alors chaque saison nous étions systématiquement une poignée à nous balader avec notre kiwi dans la poche, terrifiés quand il devenait mou et collant et commençait à sentir la mort, parce qu’on savait comment les parents, pour entretenir la blague, se faisaient un devoir de coller une beigne au premier gamin qui aurait laissé mourir son kiwi. On avait bien tenté de se renseigner après les premiers décès, et on avait dépêché un des petits pour demander à l’institutrice si les kiwis étaient bien des animaux, mais ça n’avait pas aidé du tout puisqu’elle nous avait dit que oui et que c’étaient des oiseaux. Tout ce qu’on avait gagné à poser des questions, ça avait été de croire pendant encore longtemps que nos kiwis étaient des genres d’œufs, et qu’on devait vraiment rater quelque chose puisqu’en dépit des toutes petites caresses de nos doigts sur leur surface velue, les secrets qu’on leur confiait, les jolis noms qu’on leur donnait. Ils n’écloraient jamais. Ces foutus kiwis qui était simplement des fruits.

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