Colin, jeune rentier élégant, épouse Chloé, son grand amour. Pendant ce temps, son ami Chick, fan du philosophie Jean-Sol Partre, s’acoquine avec Alise. Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si Chloé ne tombait pas malade – un nénuphar qui lui dévore les poumons, l’empêchant de respirer.
Que dirait Boris Vian en apprenant sur L’écume des jours fait désormais partie des classiques de la littérature ? Car à sa sortie en 1947, le roman fait figure d’ovni littéraire : une histoire tirée par les cheveux, une écriture tissée de néologismes et de jeux de mots, qui bouscule toutes les habitudes de lecture, un texte qui met à l’honneur des amours peu conventionnels pour l’époque – amour incestueux, amour platonique, amour avec un grand A. Le tout dans un univers poétique et déroutant, dans une atmosphère humide de cave à jazz rappelant les bayous de Louisiane. L’auteur pratique l’absurde comme une religion, pour critiquer la société dans les grandes largeurs. Tout y passe, de la société de consommation, au pouvoir de l’argent et à l’organisation du travail.
Mais ce qui touche surtout, sous l’étrangeté des situations et la rébellion affichée de l’auteur, c’est le premier amour qui est conté, celui de Colin et Chloé, pur, dévasté par la maladie, étouffé par ce nénuphar qui grandit au fil des pages et prend de plus en plus de place dans leur vie, rétrécissant d’un même coup leur bonheur et leur appartement. Ce n’est pas pour rien qu’à la sortie du livre, Raymond Queneau a salué L’écume des jours comme « le plus poignant des romans contemporains ». Une superbe histoire d’amour qui vous transportera loin, pleine de poésie et de malice, dont vous ne sortirez pas indemne.