On connaissait Peter May pour sa « série chinoise », six polars mettant en scène le jeune commissaire chinois Li Yan et Margaret Campbell, médecin légiste américaine (Le Quatrième Sacrifice, Les disparus de Shanghai, Meurtre à Pékin). Avec L’île des chasseurs d’oiseaux, l’écrivain se construit un nouveau terrain de jeu en nous proposant le premier tome d’une trilogie écossaise, un roman très personnel, puisque May est lui-même originaire du pays.
C’est donc sur les traces de Fin Macleod, que nous entraîne l’auteur, sur l’île de Lewis, la plus au nord de l’archipel des Hébrides extérieures, avec ses landes de tourbe balayées par les vents et ses habitants qui ne parlent que le gaélique Marqué par la mort récente de son fils unique, l’inspecteur Macleod est envoyé sur Lewis. Natif de l’île, il n’y est pas revenu depuis dix-huit ans et n’y remet les pieds que parce qu’un crime vient d’être commis selon le même modus operandi qu’un assassinat dont il a la charge de l’enquête, à Edimbourg. Sur Lewis, Fin retrouve ses amis d’enfance, Artair, qui a épousé Marsaili, son grand amour, Donald Murray, le fils du pasteur, et Calum Macdonald, le souffre-douleur d’Ange Macritchie, la fameuse victime de l’île.
Tout en menant l’enquête, Fin Mcleod détricote les fils du passé pour comprendre ce qui s’est réellement passé, il y a deux décennies, lorsqu’Artair et lui ont pris part à l’expédition annuelle organisée par les hommes de Lewis destinée à tuer deux mille fous de Bassan, des oiseaux appréciés pour leur chair exceptionnelle.
Peter May nous offre ici un roman d’une puissance extraordinaire, peignant des personnages arides comme la lande, travaillés par les remords et les regrets, enchaînés à cette île sauvage où l’homme doit se battre contre une nature toute puissante. L’auteur nous entraine dans cette double quête en alternant récit à la troisième personne et passages à la première personne dans lesquels le policier revit toutes ces années qui le mèneront finalement à se retrouver sur l’île des chasseurs d’oiseaux, là où la tragédie se dénouera.
Pourquoi seulement 15/20 dans ce cas ? Hélas, la faute en revient plus à la maison d’édition qu’à l’auteur ! Pourquoi en effet avoir choisi d’éditer le texte de Peter May dans la collection Babel Noir, la ligne « Policiers » d’Actes Sud ? Car si L’île des chasseurs d’oiseaux est un roman lumineux, côté suspense, Peter May est bien loin d’être un Hitchcock et ce n’est d’ailleurs pas là son ambition.
L’île des chasseurs d’oiseaux a reçu le Prix des Ancres Noires 2010
Pour aller plus loin :
Le premier chapitre de L’Ile des chasseurs d’oiseaux sur le site des Éditions du Rouergue
Un extrait pour le plaisir :
À leur droite, les tourbières s’étendaient vers l’horizon embrumé, ponctuées par endroits de quelques moutons résistant vaillamment aux coups de vent de l’Atlantique. À gauche, en un cycle jamais interrompu, l’océan balayait les plages et les criques rocheuses. L’écume foisonnante éclatait contre le gneiss sombre et dur, les plus anciens rochers que l’on puisse trouver sur terre. Sur l’horizon, comme un lointain mirage, on discernait la silhouette d’un pétrolier.
À Cross, Fin vit que l’arbre qui se trouvait autrefois à l’abri du pub le Cross Inn avait été abattu. Un repère de moins ; le seul arbre de la côte ouest. Le village avait l’air bizarrement nu sans lui. L’Église libre de Cross dominait toujours le décor. La masse de granit sombre surplombait les maisons aux murs crépis, équipées de double vitrage, des insulaires têtus, déterminés à lutter contre les éléments. Parfois, comme aujourd’hui, leurs prières étaient entendues. Le vent prenait pitié et le ciel laissait enfin le soleil adoucir l’atmosphère. Une existence rude, parfois récompensée par de fugaces moments de plaisir.