Marcus Goldman, jeune écrivain à succès new-yorkais, est sous pression : alors que son premier roman l’a propulsé en tête des ventes, il est incapable d’écrire ne serait-ce que la première ligne de son prochain manuscrit. Un manuscrit qu’il doit remettre à son éditeur sous quelques mois, faute de quoi il devra rembourser l’avance qu’on lui a versée et pourra faire une croix définitive sur sa carrière. C’est alors que son ancien professeur et mentor Harry Quebert, célèbre écrivain qui a marqué la littérature du 20ème siècle, est arrêté lorsqu’on découvre dans son jardin les restes de Nola Kellergan, quinze ans, disparue trente ans plus tôt, et avec qui il aurait eu une liaison. Convaincu de son innocence, Marcus vole à son secours et mène sa propre enquête afin de découvrir ce qui s’est réellement passé durant l’été 1975, lorsque Nola a été assassinée. Avant de se rendre compte qu’il tient là un sujet de premier choix pour son prochain roman…
La vérité sur l’affaire Harry Quebert est le premier roman de Joël Dicker et la moindre chose que l’on puisse dire est qu’il semble promis à une aussi belle carrière que son double littéraire, Marcus Goldman. On a du mal à reposer le livre avant d’avoir tourné la dernière page : l’intrigue est efficace, le suspense perdure jusqu’au bout, le tout sur fond de critique de l’Amérique, des médias, de l’industrie de l’édition.
Est-ce à dire que c’est un bon livre ? Non. Premier défaut : les personnages. Car toute l’intrigue repose sur l’aventure qu’Harry Quebert, bon trentenaire, a entretenu avec Nola, de quinze ans sa cadette. On pourrait s’attendre à un cocktail explosif à la Nabokov ou à la Duras. Il n’en est rien. On se demande même si la liaison a été consommée. Si l’on pardonne à l’ingénue Nola – du fait de sa jeunesse – dans la peau de l’amant Quebert est quant à lui plus niais qu’un héros d’Harlequin. Et cela sur des pages entières : Nola chérie, Harry chéri, Nola chérie, Harry chéri, car les deux tourtereaux entretiennent une correspondance suivie, tels deux collégiens enamourés. Même le plus puritain des Américains n’aurait rien à reprocher à ces deux-là. Mais le pire reste à venir. Souvenez-vous : Quebert est censé être un écrivain connu et reconnu. Une sorte de Faulkner ou de Kerouac. Or Dicker (ou Goldman, on finit par se perdre dans les mises en abîme), a introduit dans son texte des extraits du roman qui a valu au grand écrivain d’entrer dans la légende, Les origines du mal. Citation :
« Ma tendre chérie, vous ne devez jamais mourir. Vous êtes un ange. Les anges ne meurent jamais. Voyez comme je ne suis jamais loin de vous. Séchez vos larmes, je vous en supplie ».
Si c’est ça, le summum de la littérature américaine du 20ème siècle, qu’on me donne une corde et une poutre.
Deuxième défaut : les clichés. Car La vérité sur l’affaire… a visiblement bien rempli son caddie au rayon des poncifs et des banalités. Dicker veut donner dans la philosophie, dans la réflexion littéraire, mais ça retombe comme un soufflé raté. Deuxième extrait :
« Vous essayez de me parler d'amour, Marcus, mais l'amour, c'est compliqué. L'amour, c'est très compliqué. C'est à la fois la plus extraordinaire et la pire chose qui puisse arriver. Vous le découvrirez un jour. L'amour, ça peut faire très mal. Vous ne devez pas pour autant avoir peur de tomber, et surtout pas de tomber amoureux, car l'amour, c'est aussi très beau, mais comme tout ce qui est beau, ça vous éblouit et ça vous fait mal aux yeux. C'est pour ça que souvent, on pleure après ».
En conclusion, La vérité sur l’affaire… est truffé de maladresses qui lui donnent des airs de pensum sur lequel Joël Dicker se serait penché en tirant péniblement la langue. Pourquoi une note de 16 alors, me direz-vous ? Et bien, force est de reconnaître que malgré tous ses défauts, la formule fonctionne : le lecteur ne peut se décrocher du livre. Ce n’est pas pour rien que le roman a remporté le Prix Goncourt des lycéens 2012 (le prix de l’Académie française restant, quant à lui, plus mystérieux). Un succès commercial, donc. Pour les louanges littéraires, il faudra attendre encore un peu.
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