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Critiques de livres

Critiques de livres

Par Pauline-Gaïa Laburte


Courir – Jean Echenoz⎥ Note: 18/20

Publié par Pauline-Gaïa Laburte sur 22 Juillet 2013, 14:17pm

Catégories : #roman francais

Courir – Jean Echenoz⎥ Note: 18/20

L’été est là et c’est l’heure d’enfiler ses baskets pour une petite remise en forme. Et si vous n’aimez pas transpirer, préférez le court roman de Jean Echenoz, Courir, publié en 2008. Courir retrace le parcours d’Emil Zátopek, coureur de fond tchécoslovaque, qui fut dans les années 50 « l’homme le plus rapide du monde », quadruple champion olympique, et titulaire de dix-huit records du monde.

« Ce nom de Zatopek qui n'était rien, qui n'était rien qu'un drôle de nom, se met à claquer universellement en trois syllabes mobiles et mécaniques, valse impitoyable à trois temps, bruit de galop, vrombissement de turbine, cliquetis de bielles ou de soupapes scandé par le k final, précédé par le z initial qui va déjà très vite : on fait zzz et ça va tout de suite vite, comme si cette consonne était un starter. Sans compter que cette machine est lubrifiée par un prénom fluide : la burette d'huile Emile est fournie avec le moteur Zatopek. »

Alors biographie d’un champion de légende ? Non, car Echenoz s’attache plus à l’homme qu’au mythe, à la « Locomotive » qui fit rêver les foules. Comme avec son précédent roman, Ravel, Echenoz donne dans la pseudo-biographie, s’attachant à cet espace, entre les faits historiques, où vient se glisser le romanesque. Il décrit Emil plus que Zátopek : Emil l’échalas aux gestes désordonnés, qui grimace de douleur lorsqu’il court ; Emil le timide, avec son survêtement délavé, son bonnet de laine à pompon, son sourire épatant ; Emil, icône populaire, manipulé et passif, symbole malgré lui du régime communiste tchèque. Emil, qui ne fait « jamais, jamais rien comme les autres, même si c'est un type comme tout le monde ».

Echenoz évite l’écueil de l’énumération monotone des courses de l’athlète, de ses chronomètres, de ses victoires, égrenées les unes après les autres, en inscrivant la vie de Zátopek dans un contexte plus large, celui de la Tchécoslovaquie communiste de l'après-guerre, de l'occupation allemande à l'installation du régime stalinien. Les chapitres se succèdent à la manière de la « petite foulée courte, heurtée, inégale, saccadée » d’Emil, tantôt ralentissant le récit, tantôt l’accélérant et menant son personnage vers sa chute inexorable.

Tendre, mélancolique, parfois ironique, Courir est un roman nerveux, aérien, plein de souffle comme un champion volant vers la ligne d’arrivée.

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Pr. Platypus 31/10/2013 10:06

Fabuleux roman ! Sans doute le meilleur d'Echenoz avec le suivant, Des Eclairs, consacré cette fois à Nikola Tesla (sacré personnage).

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