Jocelyne – Jo – est mercière à Arras. Elle n’est ni jolie, ni moche et prend la vie comme elle vient, avec lucidité, ravalant ses chagrins, la mort de sa mère, la maladie de son père, la perte d’un enfant mort-né et la brutalité de son mari. Elle est mariée à Jocelyn, ouvrier chez Häagen-Dazs, avec qui elle a eu deux enfants, aujourd’hui grands. Pour s’occuper, elle tient un blog dans lequel elle transmet sa passion pour la mercerie. Puis vient le jour ou, entrainée par ses copines, les jumelles de Coiff’Esthétiques, elle joue à la loterie et gagne dix-huit millions d’euros. Mais que faire de cet argent ? Jo va alors faire une liste de toutes les choses qu’elle souhaite, une liste de ses envies.
Le style est fluide, les phrases courtes et ciselées. L’écriture est légère et drôle, aussi simple que les vies qu’elle décrit. L’histoire est sans mélodrames ni passages inutiles. Bien que le roman soit court, l’auteur a réussi à brosser des personnages nuancés : Jo est une épouse à la fois frustrée et comblée, Jocelyn un mari brutal et attentionné. Grégoire Delacourt parle avec beaucoup de justesse de thèmes essentiels, comme les rapports entre l’amitié, l’amour, l’argent et le bonheur. Au-delà du fait divers qui sous-tend l’action du roman, l’écrivain suggère avec subtilité une grande solitude, que ne comble pas la vie de couple, usée par les écueils inévitables du quotidien. L’histoire est bien construite. On sent dès le départ que le mensonge est là, que le dénouement ne sera pas heureux. On comprend que le vent souffle mais, jusqu’au dernier moment, on ne sait pas d’où viendra la tempête.
Sous la naïveté du style, on sent parfois un peu trop le romancier-publicitaire, avec ses grosses ficelles commerciales, ciblant la bonne vieille ménagère de cinquante ans, simple, mal aimée, un peu moche, qui a renoncé à ses rêves et cherche le grand amour. A certains moments dans l’histoire, l’auteur use et abuse des clichés et tombe dans la facilité : les moches sont malheureux (« Il m’apprit que les moches aussi rêvent des plus beaux mais qu’entre elles et eux il y a toutes les jolies du monde »), le téléphone, c’est mal (« les gens sont seuls avec leur téléphone, ils lancent des milliers de mots dans le vide de leur vie »). Vers la fin, l’écrivain trahit quelque peu son contrat avec le lecteur : le personnage retourne trop facilement sa veste, changeant son regard sur les gens et sur le monde du jour au lendemain, devenant cynique, perdant de sa fraicheur et de son humour.
Malgré cette fin un peu décevante et ce matraquage quasi publicitaire du lecteur, La liste de mes envies a une âme, une simplicité, une construction, une écriture, qui font que, jusqu’à la dernière page, on a envie de le lire. Et, ensuite, de le faire lire.