Sur la côte balayée par les vents de la Nouvelle-Angleterre se dresse Chatham, une petite ville où il ne se passe strictement rien, jusqu'au jour où débarque directement d'Afrique la jeune Mademoiselle Channing, féministe avant l'heure et nouvellement embauchée par l'école de garçons de Chatham School pour enseigner les arts plastiques
Le premier chapitre de ce roman de Thomas H. Cook annonce d'emblée la couleur: ce livre est un manuel de tout ce qu'il ne faut pas faire en littérature, que plus d'un jeune écrivain devrait potasser.
A commencer par l'usage de prolepses (pour ceux qui l'ignorent - j'en étais avant que Cook vienne éclairer ma lanterne - une prolepse "permet de transporter le lecteur dans un autre moment de l'histoire en sautant une étape chronologique par une ellipse provisoire", dixit Wikipédia). Avec pour conséquence une utilisation compulsive de termes comme "je me remémore", "je me rappelle", "le temps fit un bond en arrière", "je revis" - dont on a compté jusqu'à cinq occurrences sur la même page. L'auteur collectionne les adjectifs mis bout à bout, parfois contradictoires ("un air furieux, le visage tendu, inerte") et les tournures de phrases pseudo-littéraire (ma préférée: "son sourcil fauve s'arqua brutalement avant de s'abaisser lentement, tel le torse d'un agonisant"). A cela s'ajoute des dialogues poussifs décorés d'incises qui valent le détour: "prophétisa-t-il", "articula-t-il", "éructa-t-il" (sic).
Les personnages eux-mêmes ne sont pas épargnés par la plume malhabile de Cook. Leurs motivations échappent la plupart du temps au lecteur, notamment les raisons qui poussent Mademoiselle Channing et M. Reed à se confier à un narrateur de quinze ans, qui plus est, un de leurs élèves! Un narrateur étrangement omniscient, qui semble lire dans les pensées des autres personnages et noie le lecteur sous les clichés - le portrait de Mademoiselle Channing devenant celui grossièrement brossé d'une héroïne romantique du dix-neuvième siècle, yeux bleus et silhouette à contre-jour à l'appui.
Enfin, la fin, vers laquelle tout le roman tend, puisqu'on sait dès le début qu'un drame a eu lieu (et l'auteur nous l'a assez répété!), cette fin tant attendue est expédiée en deux coups de cuillère à pot (cinq misérables pages) et n'a rien d'exceptionnel. On se demande si ce roman mérite bien l'appellation "policiers" estampillée sur la couverture.
On veut bien accorder à l'auteur le doute de la traduction, mais on espère qu'il a eu l'occasion de corriger ses défauts depuis 1996, date à laquelle le roman a été édité en anglais.
Lu dans le cadre du
