Années 50, dans un petit village de Sardaigne. Maria, quatrième fille d’une mère qui la dédaigne, est adoptée par Tzia Bonnaria Urrai, la couturière du village. Mais la vie de Tzia ne se résume pas à tirer le fil. Dans ce petit monde peuplé de femmes en noir et d’hommes de la terre, elle est également l’Accabadora, celle qui accompagne les mourants et les aide à franchir la dernière barrière. Celle qui accomplit le dernier rituel.
Ni roman ni nouvelle, Accabadora tient plus de la « novella », et nous offre une écriture condensée et précise, qui parvient en même temps à retranscrire la lenteur de la vie rurale dans un petit village de Sardaigne des années 50. L’écriture est travaillée mais naturelle, ce qui permet à l’auteur à la fois d’amener ses personnages sans que ceux-ci semblent surfaits et d’aborder des thèmes graves – la filiation, la mort, le destin – en faisant mouche.
Accabadora s’apparente à une bulle, décrivant un monde bien rond, un tout qui se dit en quelques dizaines de pages seulement. Au se croirait vraiment dans les années 50, Michela Murgia nous décrivant un univers tout en nuances de gris : les femmes et leurs voiles noirs, le soleil blanc de Sardaigne, la nuit obscure qui enveloppe les actes de l’accabadora. On regrette toutefois que ce petit monde éclate soudain lorsque Maria quitte le village pour le continent. Alors, on perd la magie du texte dans cet aparté qui n’apporte pas grand-chose au récit.
Le personnage de Tzia Bonnaria Urrai est particulièrement réussi. Sans âge ni traits, c’est la mère par excellence, celle qui apaise, celle qui console, celle qui aime sans conditions jusqu’au dernier souffle. C’est la Faucheuse compatissante vêtue de noir qui délivre de la douleur. Son aura à la fois religieuse et de sorcellerie – dans le sens noble du terme – en fait un personnage remarquable. C’est elle qui porte la jolie parabole de Michela Murgia dont la morale est toute simple : donner la mort, dans certains cas, est un acte d’amour.
Lu dans le cadre du
