Quel rapport entre Le Chardonneret, petit tableau d’un oiseau peint en 1654 par Carel Fabritius, élève de Rembrandt et maître de Vermeer, et Théo Decker, un jeune garçon de treize ans vivant à New York dans les années 1990 ? L’œuvre et l’enfant sont reliés par deux explosions. Celle de la poudrerie de Delft qui souffla l’atelier de l’artiste et brûla la quasi-totalité des œuvres du peintre. Et celle qui détruisit le Metropolitan Museum, un matin d’hiver, et coûta la vie à Audrey Decker, la mère élégante et cultivée du narrateur, alors qu’ils admiraient le Chardonneret.
Par un concours de circonstances étranges, le tableau se retrouve en possession du jeune Théo, et l’accompagnera tout au long de son adolescence, comme la disparition de sa mère, dont il ne se remettra jamais. D’abord recueilli par la riche famille Balbour, dont le fastueux appartement donne sur Central Park, Théo suit ensuite son looser de père à Las Vegas, dans une résidence au bord du désert, où ses journées blanches et vides sont rythmées par la drogue, la télévision et les quatre cent coups qu’il fait avec son ami Boris. Le tableau le mènera jusqu’à un antiquaire newyorkais, Hobbie, dont il deviendra l’apprenti, et jusqu’à Pippa, elle-même blessée dans l’attentat et dont il tombera éperdument amoureux.
Le Chardonneret est le troisième roman de Donna Tartt – qui en produit un par décennie – et a remporté le prestigieux Prix Pulitzer. L’auteur nous offre une saga initiatique, au cœur de l’Amérique. On retrouve dans ce roman le côté à la fois magique et dickensien qui nous avait déjà envoûté dans Le Maître des Illusions. Donna Tartt tisse une fois de plus sa trame romanesque autour de l’amitié, plus que de l’amour, et de ce passage initiatique qu’est l’entrée dans l’âge adulte. Elle nous offre sa vision de l’Amérique contemporaine, entre un New York bourgeois et un Las Vegas desséché, en marge du rêve américain.