C’est un comble : il n’a pas plu depuis des mois sur la verte Angleterre. A Londres, Ruth et Mark ont du mal à sortir la tête de l’eau (sic) après le procès qui a failli envoyer ce dernier en prison pour pédophilie. Décidés à changer d’air, ils quittent la ville et font l’acquisition d’un domaine agricole, La Source, qui paraît miraculeusement épargné par la sécheresse. Là, ils apprennent à reconstruire leur couple, mais font aussi face à l’hostilité des voisins, qui ne voient pas d’un bon œil cet endroit épargné « où tombe la pluie ». La Source attire également les curieux, plus ou moins bien intentionnés. Mark et Ruth sont rapidement rejoints par Angie, leur fille toxicomane, et leur petit-fils Lucien. Et enfin par une secte, la Rose de Jéricho, dont les sœurs s’installent dans leurs champs. Et là, tout tourne mal.
Catherine Chanter a pris le parti de nous raconter l’histoire en commençant par la fin. Nous savons donc d’entrée de jeu que Lucien a été assassiné et que Ruth, accusée du meurtre, est assignée à résidence à La Source et surveillée par des agents du gouvernement. Cette forme narrative – entrecouper le présent de flashbacks – est très en vogue depuis quelques années et, pour tout dire, on finit par s’en lasser. Surtout lorsque la technique n’est pas utilisée à bon escient comme c’est le cas ici. L’entremêlement des évènements ayant eu avant et après le meurtre rend le premier tiers du livre difficilement compréhensible. La narratrice – Ruth, fait sans cesse référence à des faits qui n’ont pas encore eu lieu ou à des personnages que le lecteur n’a pas encore croisés. Il en résulte une certaine lassitude qui tue le suspens que l’auteur souhaitait sans nul doute instiller.
Puis, lorsqu’enfin le mystère est levé, la frustration ne s’atténue pourtant pas. Les personnages et les situations sont jetés sur le papier sans être suffisamment travaillées : on a l’impression que l’auteur effleure les choses sans jamais les approfondir. Il ne pleut pas ; pourquoi ? Quelles sont les conséquences politiques, sociales, humaines ? Les sœurs de la Rose de Jéricho arrivent à La Source et Ruth devient quasi-instantanément l’une de leurs disciplines. Comment cela est-il possible ? Quel est son cheminement pour en arriver là ? Mark est accusé de pédophilie au début du roman. Cette information est par la suite tout juste évoquée. En bref, Catherine Chanter semble oublier qu’un roman, ce n’est pas la vie réelle. Autrement dit, rien de ce qu’un écrivain écrit n’est fortuit. Chaque situation, chaque mot est là pour une raison précise, sinon ce n’est pas une œuvre littéraire, c’est un journal intime. Les personnages ont besoin de motivations pour exister, les faits ont besoin d’être raccordés les uns aux autres. Les nombreux travers de ce roman, qui voudrait toucher à l’anticipation, au thriller, à l’ésotérique, en font un soufflé qui retombe dès la sortie du four. Dommage, car les idées étaient là, et auraient mérité d’être mieux exploitées.