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Critiques de livres

Critiques de livres

Par Pauline-Gaïa Laburte


Freedom – Jonathan Franzen⎥ Note: 12/20

Publié par Pauline-Gaïa sur 27 Janvier 2013, 13:31pm

Catégories : #roman etranger, #Prix des lecteurs de Points

Freedom – Jonathan Franzen⎥ Note: 12/20

Freedom raconte l’histoire de la famille Berglund : Patty, une ancienne joueuse de basket devenue une ménagère de banlieue désœuvrée et mère poule à l’excès ; son mari, Walter, fervent défenseur de l’environnement ; leurs deux enfants, Jessica et Joey, tous deux névrosés à leur manière. C’est une famille dysfonctionnelle, dont les membres ne se comprennent pas et vivent les uns à côté des autres plutôt que les uns avec les autres. Jonathan Franzen entreprend de nous narrer leur histoire, sur plusieurs décennies.

Certains critiques – notamment américains – ont comparé l’œuvre de Franzen aux chefs-d’œuvre de la littérature du dix-neuvième siècle, notamment à Tolstoï (une ressemblance que Franzen revendique d’ailleurs sans subtilité en faisant lire Guerre et Paix à l’un de ses personnages). Si l’on comprend le parallèle – les descriptions détaillées, la critique sociale – on trouve également que Franzen en a surtout retenu le pire : l’exhaustivité des Rougon-Macquart sans la compassion de Zola pour ses personnages, l’aspect « feuilleton » d’Anna Karénine mais dénué de toute richesse psychologique et philosophique.

En résumé, un roman qui n’en finit pas, et dont le titre promet une profondeur que le texte n’atteint jamais. L’ambition de Franzen était en effet sans aucun doute de faire pendant à la thèse de Tocqueville dans De la démocratie en Amérique : chez lui, ce n’est pas l’égalité des hommes qui a pour conséquence le repli sur la vie privée et familiale et le désintéressement vis-à-vis de la vie politique, mais soi disant la liberté. Franzen cherche à nous montrer sans subtilité que trop de liberté – liberté de faire la guerre, liberté de faire des enfants, liberté d’exploiter la terre – conduira l’humanité à sa fin. Mais le lecteur, lui, n’en peut plus des dialogues des personnages sous formes d’argumentaires, dans lesquels l’auteur expose artificiellement ses thèses sans que l’on croit une seule seconde que cela fait partie de l’intrigue.

Avec Freedom, on n’en finit plus de se perdre dans les vies parallèles des personnages de Franzen ; les époques se chevauchent, les flash-backs incessants brouillent la lisibilité de l’histoire. Même les personnages finissent par se confondre dans l’imaginaire du lecteur : tous sont cyniques, perdus, inertes. On en vient à se demander si Franzen lui-même ne déteste pas ses personnages, tant ils sont d’un ennui insupportable.

Pour conclure, si on n’a rien à reprocher à l’écriture en elle-même, Franzen semble avoir oublié qu’un bon roman est également un texte qui mène quelque part, qui raconte une histoire. Or dans Freedom, le lecteur passe sept cent pages à se demander quand, enfin, il se passera quelque chose, n’importe quoi, pourvu qu’une distraction survienne.

Lu dans le cadre du

Freedom – Jonathan Franzen⎥ Note: 12/20

Commenter cet article

EG 01/06/2014 18:35

Ne vaudrait-il pas mieux écrire à la première personne au lieu d'utiliser le terme "les lecteurs"?

Car personnellement j'ai trouvé l'oeuvre de Franzen très touchante.

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