En 1919, de jeunes Japonaises recrutées par des marieuses sont envoyées par bateau en Amérique, rejoindre des maris qu’elles n’ont jamais vus qu’en photo. Quel sera leur destin, dans ce pays dont elles ne connaissent ni la langue, ni les coutumes ? Certaines trimeront dans les champs et certaines se mettront au service de la bonne société américaine. Certaines aimeront leur famille plus que tout et certaines ne songeront qu’à la fuir. Certaines intégreront l’American way of life et certaines rêveront toute leur vie avec nostalgie à leur pays natal.
Certaines n’avaient jamais vu la mer se déploie sous formes de séquence de récits liés, rassemblés dans des chapitres qui évoquent la vie des exilées : « la première nuit », « les Blancs », « naissances », « les enfants », etc. Julie Otsaka a choisi de raconter le destin de ces femmes déracinées en utilisant un « nous » collectif, comme pour souligner la communauté des destinées de ces héroïnes ordinaires et anonymes dont elle se fait le porte-voix. Chacune a sa vie, heureuse ou malheureuse et, pourtant, chacune doit subir le courant de l’Histoire, qui les entraine toutes dans la même direction. C’est un chœur de voix similaires et en même temps uniques que l’auteur nous donne à entendre.
Ce « nous », s’il instaure une distance entre les personnages et le lecteur, est aussi porteur d’une rare puissance émotive, faisant ressembler Certaines n’avaient jamais vu la mer à une longue complainte poétique, une clameur qui s’élève crescendo de la foule et finit étouffée sous l’indifférence et l’oubli des autres.
Certaines n’avaient jamais vu la mer a remporté le Prix Femina Etranger 2012.
Lu dans le cadre du
