Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Critiques de livres

Critiques de livres

Par Pauline-Gaïa Laburte


A moi seul bien des personnages – John Irving⎥ Note: 11/20

Publié par Pauline-Gaïa Laburte sur 10 Juin 2013, 14:33pm

Catégories : #roman etranger

A moi seul bien des personnages – John Irving⎥ Note: 11/20

Bill Abbott vit dans la petite ville de First Sisters, dans le Vermont. A priori, rien ne le différencie des autres adolescents. A part ses béguins « contre nature », d’abord pour son beau-père, puis pour la bibliothécaire quadragénaire de la ville et pour un membre de l’équipe de lutte de son école. A moi seul bien des personnages relate l’initiation sexuelle de Bill, sur près de cinquante ans, sur fond de la montée des droits des homosexuels, de l’épidémie de sida des années 80-90 et de l’évolution des mentalités américaines.

Dans la famille Abbott, on est homo (ou bi) de père en fils, de grand-père en petit-fils, de cousine à cousin. Bref, cette généalogie sexuelle devient grotesque, d’autant qu’Irving force encore le trait en faisant d’une bonne partie des élèves – et de pratiquement toute l’équipe de lutte au complet – de la Favorite River Academy des gay ou des transsexuels affichés ou refoulés. Bill est amoureux de Kittredge dont la mère initie Elaine, elle-même enceinte de Kittredge et fleuretant ouvertement avec Bill. Trop de coïncidences tuent la crédibilité du texte, l’auteur finit par verser dans la parodie et discrédite du même coup ses personnages.

La non linéarité du récit est également un frein à la lecture, on saute sans cesse du coq à l’âne, des années 50 au vingt-et-unième siècle. Bill a tour à tour quinze ans, soixante-dix, trente-six, vingt-huit. S’ensuivent de nombreuses répétitions, des ellipses maladroites, des flash-back épuisants.

L’un des grands principes de l’écriture est « d’écrire sur ce que l’on connaît ». Visiblement, Irving maîtrise l’adage : treize romans déjà que l’on entend parler d’enfants sans père, d’accidents de voiture, d’écoles privées, de personnages ayant des problèmes d’élocution, de Vienne, du désir d’être écrivain, de lutteurs, on en passe et des meilleures. Seul inconvénient : si Irving maîtrise parfaitement son univers, cela devient une croix pour le lecteur assidu. Car lui aussi finit par ne plus lire que ce qu’il connaît déjà ! La tendance s’aggrave dans les derniers romans de l’écrivain américain (depuis Je te retrouverai, en 2005), qui ne se donne même plus la peine d’inventer de nouveaux noms à ses personnages ou même de nouveaux personnages tout court : Ellen vs Elaine, Al/Alberta vs Rob/Roberta. C’est comme si chaque roman devenait un exercice stylistique, Irving testant de combien de manières différentes réécrire le même thème. Au final A moi seul bien des personnages apparaît comme une pâle copie, bassement caricaturale, du Monde selon Garp.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents