Niagara Falls et ses chutes attirent deux sortes de curieux : les couples en voyage de noces et les suicidaires. Ou parfois les deux. Le lendemain de leur mariage, le mari d’Ariah Littrell se jette dans l’abîme, convaincu qu’il ne pourra jamais l’aimer. La Veuve blanche des Chutes, ainsi que la surnomme la presse, a tôt fait d’attirer l’attention de Dirk Burnaby, brillant avocat fasciné par sa beauté et son caractère tourmenté. Ensemble, ils vivent dix ans de bonheur. Mais la malédiction des chutes va finir par les rattraper. Et c’est à leurs enfants, Chandler, Royall et Juliet, qu’il reviendra de démêler leur histoire.
Ne vous y trompez pas : Les Chutes n’est ni un roman à l’eau de rose, ni un sombre mélo. Et pour cause, c’est Joyce Carol Oates, professeur à Princeton et deux fois finaliste du prix Nobel de littérature qui nous le livre. Son style si particulier cisèle avec précision l’intimité de ses personnages, créée une atmosphère où le drame affleure en permanence. Pas de pathos ni de phrases toutes faites, Joyce Carol Oates nous montre les tourments de personnages jamais simples ou uniformes, nous peint l’amertume et la rigidité d’Ariah, sous son vernis de bonnes manières et son charme troublant. L’auteur prend un malin plaisir à multiplier les fausses pistes, à varier les points de vue, change de narrateur, passe de la troisième à la première personne. On l’impression de tout savoir, de pénétrer totalement l’esprit des personnages, leurs pensées – indiquées par des passages en italique. Mais ce sera au lecteur de faire le travail : Pourquoi le pauvre Gilbert s’est-il suicidé au lendemain de sa nuit de noce ? Qui est la Femme en noir du cimetière ? Qui est le véritable père de Chandler ? Royall a-t-il fait usage de son arme ?
A travers l’histoire de la famille Burnaby, Joyce Carol Oates retrace aussi l’histoire de l’industrialisation des Grands Lacs, de cette Amérique des années 50 et 60 a qui tout semble possible et qui est pourtant déjà engluée dans la corruption, la pollution industrielle, la collusion entre les riches et le système judiciaire. Mais Les Chutes est aussi une métaphore: celle de la lutte contre la tentation de faire le grand saut, de baisser les bras pour ne plus avoir à se battre. Un roman aussi bouillonnant que les chutes qui en sont le décor, et qui a obtenu le Prix Femina Etranger en 2005.
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Cataract City - Craig Davidson / 18/20 - Critiques de livres
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