Afin de consolider la paix entre leurs deux pays, le régent Philippe d’Orléans propose un mariage croisé au roi d’Espagne Philippe V: sa fille, Louise-Elisabeth de Montpensier, épousera l’héritier du trône espagnol, tandis que l’infante liera son destin au futur Louis XV. L’accord est conclu et l’échange a lieu en 1722, sur une île minuscule au milieu de la rivière Bidassoa, qui sépare les deux royaumes. Il n’y a qu’un seul hic : Mademoiselle de Montpensier est bourrée de TOC, et la princesse espagnole n’a que quatre ans. Comment vont-elles résister à cette nouvelle vie, l’une entourée de libertins français, l’autre livrée à d’austères catholiques mordus d’autodafés ?
Chantal Thomas nous avait déjà ouvert les portes du XVIIIème siècle avec Les Adieux à la reine, prix Femina 2002 et adapté à l’écran par Benoît Jacquot. Avec L’échange des princesses, elle récidive et nous offre une immersion dans l’univers délicieux et cruel des cours de France et d’Espagne, dans la tête d’enfants qui jouent aux grands. C’est un conte, mais certainement pas de fées. La magie du livre tient à l’ironie ciselée de Chantal Thomas, aux grâces ingénues de la princesse Maria Anna Victoria perdues dans les brumes du palais du Louvre, à l’hystérie pathétique de la nouvelle princesse des Asturies. Sous le rêve, on sent pointer le cauchemar, et l’on entend déjà le fracas de la machine impitoyable du pouvoir qui va broyer les deux enfants.
Promenant sa plume entre Madrid et Versailles, la romancière s’est plongée dans les mémoires, les correspondances, les gazettes de l’époque, pour faire revivre ce petit monde brillant et fou, qui n’attend qu’une chose : dévorer les deux royales rejetonnes livrées en pâture.
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