Comment bien faire caca ? On ne se pose pas assez la question. Ou alors, dans l’intimité. Contre toute attente, Le charme discret de l’intestin, l’essai de Giulia Enders qui nous éclaire sur nos tripes et nos boyaux, s’est pourtant déjà vendu à plus d’un million d’exemplaires. Le besoin était donc pressant… La jeune doctorante allemande en gastro-entérologie nous embarque dans une visite guidée du tube digestif, œsophage, estomac, intestin grêle, gros intestin, jusqu’aux portes bien gardées de l’anus. Un terrain encore peu exploré, puisque la recherche médicale sur l’intestin en est encore à ses débuts, notamment en ce qui concerne son système nerveux ou son rôle dans la santé mentale. L’auteur ne nos épargne rien : la couleur de nos selles, la consistance de notre vomi, la flore intestinale, les bactéries, les pets. A priori pas ce qu’il y a de plus sexy.
Giulia Enders a gagné le premier prix du « Science-Slam », un concours d’éloquence scientifique, et ce n’est pas pour rien. Il y a de l’intelligence, de l’humour et même de la grâce dans ses démonstrations, illustrées avec brio par sa sœur Jill. Ainsi, « Au cours de son long voyage le long de l'intestin grêle, le chyme va disparaître presque en totalité par les parois – un peu comme Harry Potter traversant le mur pour rejoindre la voie 9 ¾ ». Quand on vous dit qu’il y a de la magie dans nos entrailles.
Sans ambages et sans complexes, elle nous parle de l’intestin, cet organe mal aimé, qu’elle trouve, elle «éblouissant comme du velours, humide, rose et tendre ». Et de son influence sur nos problèmes de poids, dans la dépression, la maladie de Parkinson, les allergies. Elle nous invite à repenser nos comportements alimentaires et notre façon de gober des médicaments. Son talent de vulgarisation, son style débarrassé du jargon d’initié, fascine et vous entraîne dans des questionnements philosophiques inédits : alors cette crotte, plutôt molle, dentelée, jaunâtre, flottante ?
Un livre à lire partout et même (surtout) bien installé sur la cuvette des toilettes.