Né en Croatie en 1976, Miroslav Sekuic-Struja a commencé à dessiner à l’âge de quatre ans sur les murs de la maison familiale, avant de décrocher en 2010 le concours Jeunes Talents au Festival d’Angoulême. Premier livre de ce jeune auteur autodidacte, Pelote dans la fumée (été/automne) narre en deux premières saisons les vies misérables d’une poignée de gamins abandonnés ou placés en foyer. ça commence par une longue descente, du sommet des immeubles noirâtres d’une ville de Croatie non identifiée – muraille de grues et tours industrielles crachant une fumée noire – vers une plage lumineuse et colorée donnant sur une mer bleue pétrole. Et un peu plus loin, à la lisière du tableau, un monde de baraques en planches où finissent de sombrer des existences brisées par la misère. C'est dans cet univers qu'évolue le héros de l'histoire, Ibro, dit Pelote, dans un orphelinat hors d'âge abritant des enfants qui ont tatoué sur le corps tout le passé de l'ex-Yougoslavie. Miroslav Sekulic dresse le portrait de débris humains vivant au milieu de débris industriels : Capot le borgne et son œil de verre, Bourdon le souffre-douleur, Le Shérif, le directeur de l’orphelinat. Des personnages cabossés merveilleusement servis par le dessin de l’auteur, les couleurs vives expressionnistes, presque naïves, à la croisée du douanier Rousseau et de Georg Grosz. Plus qu'une bande dessinée, cet ouvrage est surtout une œuvre d'art.