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Critiques de livres

Critiques de livres

Par Pauline-Gaïa Laburte


Le cas Eduard Einstein – Laurent Seksik⎥ Note: 16/20

Publié par Pauline-Gaïa Laburte sur 22 Septembre 2013, 13:27pm

Catégories : #roman francais

Le cas Eduard Einstein – Laurent Seksik⎥ Note: 16/20

Certains se prennent pour Napoléon, d’autres pour le fils d’Einstein. C’est pourtant ce qu’il est : Eduard Einstein, fils du Grand Albert, dont le génie à la langue bien pendue dira un jour « Mon fils est le seul problème qui demeure sans solution». Eduard n’a que 19 ans lorsqu’il est conduit à l’institut psychiatrique de Burghölzli de Zurich. Diagnostic : schizophrène. « Lorsque j'ouvre les yeux, les objets se déplacent, prennent de drôles de formes. Plus rien n'est solide, rien ne possède d'angle. Des visages grimaçants se fondent sur le mur ».

Pour ce nouveau roman, Laurent Seksik nous offre une narration à trois voix : celle de Mileva, la mère d’Eduard, seule et démunie face aux démons de son fils, et qui le portera toute sa vie à bout de bras ; celle d’Einstein, du père démissionnaire, qui fuit l’Allemagne nazie en même temps que sa famille, pour se réfugier aux Etats-Unis ; et enfin celle d’Eduard, à la première personne, livrant sa folie à on ne sait trop qui : un psychiatre anonyme, le narrateur, l’ombre de son père.

Le cas Eduard Einstein est porté par une écriture pleine de finesse, qui laisse la place aux non-dits, à la folie et fait la part belle aux défauts des hommes, à leurs erreurs, à leurs doutes, à leur remords. Eduard Einstein n’est pas une figure secondaire, bien au contraire ; c’est lui qui porte le texte, souvent le plus lucide, le plus incisif, le plus juste dans sa compréhension des autres, malgré sa maladie. On sent que Seksik n’a seulement voulu éclairer une nouvelle facette du grand génie qui livra E=MC2 au monde, mais bien au contraire dire ce qu’a été la vie de ce fils, cet « autre Einstein » étouffé par la gloire de son père. C’est une histoire à trois, une histoire de famille, un récit intime, sur la faiblesse d’un père, le sacrifice d’une mère, l’errance d’un fils.

Et on retiendra ces belles phrases, que Seksik met dans la tête du théoricien de la relativité : « Il est le père d’Eduard. Qu’est-ce que cela signifie ? Les pères engendrent des fils. Mais ce sont les fils qui rendent père leur géniteur, qui font d’eux des hommes. Aux yeux d’Eduard, il n’a toujours été qu’un monstre. Qu’importe que le garçon ait entrevu son vrai visage ou bien que cette image fut le reflet de la folie. Il ne peut se reconnaître dans cette vision d’horreur. Il n’a pu se construire une image du père. »

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