Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Critiques de livres

Critiques de livres

Par Pauline-Gaïa Laburte


L’invention de nos vies – Karine Tuil ⎥ Note: 17/20

Publié par Pauline-Gaïa Laburte sur 7 Octobre 2013, 19:47pm

Catégories : #roman francais

L’invention de nos vies – Karine Tuil ⎥ Note: 17/20

Rien ne résiste à Sam Tahar. Le fric, le pouvoir, les femmes. Petit français parti de rien, il est devenu un pur produit de l’élite juive américaine, gominé, apprêté, sanglé dans des costumes à dix mille dollars. Mi Bel-Ami (pour les femmes), mi Rastignac (pour l’ambition dévorante), il s’est hissé jusqu’au barreau de New York et a épousé la fille de l’un des plus grands hommes d’affaires de la côté Est. Une success story à l’américaine ? Peut-être, mais à quel prix ? Car en s’élevant sur l’échelle sociale, Tahar a renié ses origines. Sam est né Samir, il n'est pas Juif séfarade mais musulman d'origine maghrébine. Il s’est inventé un personnage pour se faire une place au soleil, après avoir été stigmatisé, mis à l’écart pour délit de faciès – ou du moins le croit-il. Il s’est inventé une autre vie, calquée sur celle de Samuel, fils d’intellectuels juifs, qu’il a connu sur les bancs de la fac. Deux amis à la vie à la mort avant que Samir ne vole à Samuel la belle Nina, que tous deux convoitaient.

L’invention de nos vies s’inscrit dans la longue lignée du roman social, version contemporaine. Karine Tuil dissèque les rapports de forces de notre société, dans un monde où la discrimination n’est plus fondée sur l’origine sociale mais sur l’appartenance communautaire. Elle aborde aussi le thème de l’identité, entre déterminisme et invention de soi. L’auteur nous emmène des hauts cercles de la bourgeoisie juive aux derniers échelons de l’immigration maghrébine, à la découverte de personnages dont aucun n’est à sa place, ni Samir, fils d’une femme de ménage musulmane de Sevran d’origine tunisienne qu’il a rayé de sa vie ; ni Samuel, écrivain raté, né Krzysztof en Pologne avant d’être adopté par des Juifs pratiquants ; ni François, alias Djamal, le demi-frère de Samir, fils d’un homme politique qui ne l’a jamais reconnu, djihadiste en herbe ; ni Nina, fille de militaire abandonné par son père et qui finit mannequin pour les catalogues des enseignes de la grande distribution. Sans distribuer bons points ni blâmes, sans caricature, Karine Tuil dresse des portraits tout en nuances de gris, sans morale sinon celle-ci : « Avec le mensonge on peut aller très loin, mais on ne peut pas en revenir ».

L'invention des nos vies est sélectionné pour les prix Goncourt, Fémina et Interallié.

Vous aimerez peut-être:

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents