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Critiques de livres

Critiques de livres

Par Pauline-Gaïa Laburte


Avenue des géants – Marc Dugain⎥ Note: 19/20

Publié par Pauline-Gaïa sur 11 Décembre 2012, 20:11pm

Catégories : #roman francais, #grand prix des lectrices de elle

Avenue des géants – Marc Dugain⎥ Note: 19/20

“Ma mère avait pour moi les yeux d’un cheval pour son propre crottin, mes sœurs me regardaient comme un obstacle entre elles et le réfrigérateur, ma grand-mère comme son souffre-douleur et mon grand-père comme le type qui allait lui causer des ennuis avec sa femme. Après avoir vécu tout cela, il y avait des raisons de culpabiliser, de se dire qu’on doit bien être un monstre pour mériter un traitement aussi unanime”.

Inspiré de l’histoire d’Edmund Kemper, un tueur en série qui sévit dans les années 1970 en Californie, Avenue des géants suit les traces du jeune Al Kenner – battu, rejeté et humilié par sa famille depuis sa plus tendre enfance – dont le destin bascule le jour où ses grands-parents lui offrent une winchester 22 long rifle qu’il utilise pour les abattre tous les deux froidement. Interné en hôpital psychiatrique, il est libéré cinq ans plus tard, à 21 ans, après qu’une assemblée de psychiatre l’a déclaré guéri et sain d’esprit. A Santa Cruz, où il essaye de refaire sa vie, il se lie d’amitié avec le chef de la police et sa fille, bien décidé à tourner le dos à la jeunesse de son pays, embourbée dans la guerre au Viêtnam et le mouvement hippie. Mais le diable restera-t-il dans sa boîte ?

Avec Avenue des géants, Marc Dugain signe un roman magistral, écrit d’une main de maître. Il réussit l’exploit de nous faire entrer – par un récit à la première personne – dans la tête d’un tueur. Et on y croit, à tel point qu’on en vient à se demander si l’auteur lui-même n’est pas fou, pour parvenir à se glisser ainsi dans la peau d’un adolescent aussi perturbé. L’écrivain s’efface pour laisser la parole à Al Kenner, à ses mots, à ses tourments, à ses pulsions. L’intérêt du roman réside moins dans l’histoire, pourtant admirablement écrite, que dans la psychologie de cet être hors du commun – 2,20m, 130kg, un QI supérieur à celui d’Einstein, incapable de la moindre empathie. L’intelligence de Kenner lui permet de se poser en observateur à la fois de l’époque dans laquelle il vit, mais aussi de sa propre folie, qu’il commente en termes cliniques, froid et détaché.

Si elle est inspirée de faits réels, on aurait pourtant tort de considérer l’histoire d’Al Kenner comme une biographie romancée. Avenue des géants est bien plus que cela : un texte psychologique d’une finesse étonnante, une interrogation sur le mal, un roman dans la grande tradition de la littérature américaine – et un personnage qui trace sa route avec pour décor les espaces sans fin de Californie. Al Kenner est comme un insecte attiré par la lumière qui le consumera. On sait dès le début qu’il se brûlera les ailes, mais il faut attendre la fin, pour savoir comment.

Reste cette interrogation : peut-on sauver un monstre ? Et n’est-ce pas une entreprise de réhabilitation qu’entreprend Dugain – et son double dans le roman, le commissaire Duigan ? L’auteur laisse la possibilité au lecteur d’y répondre lui-même, lui qui s’est, au fil des pages, attaché à ce tueur émouvant et répugnant, fascinant et dérangeant. Digne de pitié ou de la chaise électrique.

Lu dans le cadre du

Avenue des géants – Marc Dugain⎥ Note: 19/20

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Cassiope 22/06/2016 15:01

Difficile à lire, je n'ai pu terminer ce livre. Pas envie de creuser dans toute cette m......

Camille 11/03/2013 21:30

Peut-on sauver un monstre? Bonne question. Mais aussi, on vient à se questionner sur comment il est né et comment cela aurait-il pu être évité?
Ce roman est fabuleusement bien écrit. On ne le lâche pas, c'est impossible. L'auteur a su construire un récit entre présent et passé qui aboutit à une fin magistralement surprenante. Je n'ai jamais vécu un roman si intensément. Je le recommande vivement.

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