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Critiques de livres

Critiques de livres

Par Pauline-Gaïa Laburte


Kinderzimmer – Valentine Goby / Note : 16/20

Publié par Pauline-Gaïa Laburte sur 2 Juillet 2014, 16:26pm

Catégories : #roman francais

Kinderzimmer – Valentine Goby / Note : 16/20

« Contre toute attente, ce qui arrive est une échappatoire, le ventre un lieu que personne, ni autorité, ni institution, ni parti ne peut conquérir, coloniser, s’accaparer tant que Mila garde son secret. Elle y est seule, libre, sans comptes à rendre, on peut bien prendre sa gamelle, voler sa robe, la battre au sang, l’épuiser au travail, on peut la tuer d’une balle dans la nuque ou l’asphyxier au gaz dans un camp annexe, cet espace lui appartient sans partage jusqu’à l’accouchement, elle les a eus, les Boches ; plus qu’un enfant, c’est bien ça qu’elle possède : une zone inviolable, malgré eux. Et comme disait son père, qu’ils crèvent ces salauds. »

Lorsque Mila, vingt-deux ans, arrive au camp de Ravensbrück, en 1944, elle est enceinte de trois mois. Très vite, elle doit se plier aux codes du lieu. L’appel à trois heures du matin, dans le froid et la neige, les baraques ouvertes à tout vent, puantes, bondées, immondes. La faim, les vols, la mort quotidienne. Les rats qui dévorent les doigts des enfants et le visage des nourrissons minuscules, aux traits de vieillards, séchés par la faim et dévorés de vermine. Le tout ponctué d’ordres et d’insultes hurlés en allemand et transcrits en phonétique dans le texte.

Et pendant de long mois, cette question : Qu’arrive-t-il à celles qui attendent un enfant ? On murmure qu’il existe une Kinderzimmer, une chambre des nourrissons, mais est-ce une crèche ou un mouroir ? Une lumière dans les ténèbres ou la continuation de l’enfer ?

Encore un texte sur la déportation et les camps, me direz-vous. Oui, mais Kinderzimmer est loin d’être une énième redite. On a la nausée, on étouffe. On voudrait leur dire, à toutes ces femmes : tenez bon, l’Histoire va vous rattraper, 1945 arrive. Valentine Goby a aussi la particularité de nous montrer non pas seulement la mort dans les camps, mais la vie, qui germe même où on ne l’attend pas, se fraye un chemin et fini toujours par gagner.

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