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Critiques de livres

Critiques de livres

Par Pauline-Gaïa Laburte


Quand la lumière décline – Eugen Ruge⎥ Note: 16/20

Publié par Pauline-Gaïa Laburte sur 17 Février 2014, 13:14pm

Catégories : #roman etranger, #prix litteraires

Quand la lumière décline – Eugen Ruge⎥ Note: 16/20

Une lecture à faire tomber la pipe de Günter Grass, annonce le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Et pour cause, le premier roman du mathématicien et traducteur de Tchekhov Eugen Ruge, Quand la lumière décline (In Zeiten des abnehmenden Lichts), a obtenu en 2011 le Deutscher BuchPreis, l’équivalent du Goncourt français, avant de conquérir la scène littéraire internationale.

Le sous-titre l’annonce, Ruge signe là le « roman d’une famille », retraçant l’ascension et la chute de quatre générations de russo-allemands, des années cinquante à nos jours. Il y a d’abord Charlotte et Wilhelm, fervents communistes exilés au Mexique durant le Troisième Reich et rappelés par la mère patrie pour servir la jeune RDA. Puis vient le fils, Kurt, réfugié à Moscou pour fuir le nazisme, et qui a connu le goulag stalinien avant de revenir s’installer à Berlin Est avec sa femme russe Irina. Avec la troisième génération, du feu de l’idéal socialiste il ne reste que des braises et, en 1989, Alexander, le fils de Kurt, passe à l’Ouest. De ces luttes politiques, il ne restera à Markus, dernier représentant de la famille Umnitzer, que le récit aseptisé des livres d’Histoire. Tous ces chemins se croisent dans une chronologie éparpillée qui évite la monotonie d’une histoire linéaire, pour suivre les méandres de la mémoire familiale, jusqu’à l’épiphanie finale, l’anniversaire des quatre-vingt-dix ans du patriarche, où tous vont se retrouver et s’affronter.

Si en entrecroisant les lieux, les époques et les points de vue, Eugen Ruge nous offre une véritable odyssée familiale, il ne tombe jamais dans le pathos et l’introspection à prétentions psychologiques qui font le défaut de tant d’Ostalgies littéraires. L’auteur lève pudiquement le voile sur les chagrins et les ressentiments de chacun des membres de la famille, dissèque presque scientifiquement les conflits père-fils qui se reproduisent de génération en génération, sans jamais juger ses personnages. Même s’il s’est inspiré de l’histoire de sa propre famille pour ce roman, Ruge tient à distance les sentiments et nous offre un récit tissé de douleur, d’idéologies, de drames, mais où l’amour et l’affect n’ont que peu de place, écrasés par le rouleau compresseur du totalitarisme.

Dans une interview, Eugen Ruge a confié: « j’ai répété pendant toute ma vie avant d’écrire ce livre. ». Et peut-être faut-il bien attendre d’arriver au déclin de sa vie, pour écrire un livre universel sur le temps qui s’enfuit.

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